“Laisser tomber le manche du rasoir, faîtes de l’argent sur les lames”.

Si vous attrapez vos clients avec un produit bon marché ou gratuit vous pourrez les faire payer beaucoup plus sur les accessoires. Le monde du jeux vidéos l’a bien compris depuis quelques années : vendre la console au prix le plus bas possible puis proposer des jeux à un prix à la limite du raisonnable.

Lors de la keynote du mois d’Octobre 2013, Apple a confirmé sa stratégie sur le marché du Mac (éclipsant au passage la sortie du nouvel iPad Air) en rendant son système d’exploitation et certaines applications phares gratuits. Apple affirme donc une ambition sur du long terme via un business-model assez audacieux.

“Apple’s turned to the mobile phenomena, where the expectation is that software is basically free”.

Le jeu de l’attaque

En rendant Mavericks gratuit, Apple s’autorise une perte sèche de plusieurs millions de dollars sur son chiffre d’affaire pour le prochain trimestre. Ce pari est-il si risqué ? Je ne le crois pas pour plusieurs raisons.

Avec ce pack, l’image du tout en un prend son sens. Celui qui achète Mac bénéficie d’une base d’applications de productivité (iWork) et de créativité (iLife). Toutefois, s’il veut évoluer, il devra payer. La suite iLife se place comme une sorte d’échantillons gratuits. En “donnant” iPhotos-iMovies-Garageband, Apple donne du souffle à Aperture-Final Cut-Logic Pro.

La perception du client est très importante. A l’heure actuelle, Microsoft fait payer les mises à jour majeures de son OS et sur le long terme cela risque de remettre en cause son business model (payant, donc étrange par rapport à sa concurrence). Parallèlement, si les consommateurs ont en tête qu’Apple fournit des applications, des services et des mises à jour gratuites, ils vont se demander pour quelles raisons Microsoft leur demandent de payer. D’un point de vue marketing c’est audacieux car il faut se l’avouer : aujourd’hui iWork n’est pas Microsoft Office que soit en terme de nombre d’utilisateurs et plus important en terme de position dans les entreprises.

Le jeu de la défense

En proposant à tous leur utilisateurs de pouvoir se mettre à jour sous Mavericks, Apple va pouvoir drastiquement simplifier son système et ses équipes de supports. Encore une fois, là où Microsoft constitue une bonne partie de son capital, Apple choisit de tout remettre à plat pour s’absoudre de la maintenance de ses anciens systèmes et pouvoir mieux cibler ses développements.

Microsoft a intelligemment positionné ses tablettes comme un vrai outil de travail et de productivité et est donc dangereux pour Apple. Ainsi, la marque à la pomme, qui a toujours voulu donner une image d’aide à la créativité,  vulgarise des applications autrefois réservées à l’utilisation professionnelle dans le but de garder (ou de gratter) sa place dans le monde des entreprises. Apple veut donc d’une certaine manière couper rapidement la stratégie de Microsoft qui est encore en pleine phase de démarrage.

Sachez que si vous avez une vieille version d’iWork, d’iLife ou d’Aperture sur votre ordinateur, je vous conseille de passer sous Mavericks. En lançant l’App Store vous constaterez qu’Apple propose de les mettre à jour. Elles figureront par la suite dans votre liste d’achat. Il ne s’agit pas d’un bug car Apple a reconnu vouloir remettre les choses à plat également pour les anciens acheteurs de ces applications. Toutefois, pour beaucoup il s’agit d’une faille permettant de blanchir des anciennes applications qui avaient été autrefois installées de manière non conventionnelles. En réalité Apple se laisse cette petite fenêtre pour ces applications qui ne figuraient pas autrefois sur l’App Store et se permet au passage le luxe de complètement maîtriser dorénavant son parc applicatif.

Le petit secret de Steve Jobs

Apple avait commencé à appliquer un modèle similaire avec le lancement de l’iPod en 2001. Avant son arrivée les lecteurs mp3 étaient volumineux, difficile à trouver et à utiliser. L’iPod avait une plus petite capacité de stockage, était plus cher mais plus petit, plus joli et surtout tout le monde en voulait un.

Deux ans après l’introduction de l’iPod, Steve Jobs dévoila l’iTunes Store avec la vente du musique à 0,99$. A raison de 0,65$ reversés directement aux majors, le reste couvrait tout juste les frais généraux. À l’époque cela ne semblait pas cher et Steve Jobs avoua qu’il était conscient qu’il n’y avait aucune chance pour qu’Apple puisse se faire de l’argent avec ce store. A la question “pourquoi du coup ne pas vendre plus chère un titre ?”, Steve Jobs répondait “Parce que nous vendons des iPods“.

Tim Cook confirme donc avec la keynote d’Octobre 2013 qu’il reste sur la même trajectoire. Apple dégage son bénéfice sur le hardware en le positionnant systèmatiquement comme le “must-have” du luxe. iOS a toujours été gratuit car Apple dégageait sa marge sur la vente de téléphone et tablettes, alors pourquoi ne pas appliquer ce système à Mac OS X ?